Histoire de la cartomancie : des cartes à jouer au tarot divinatoire

On entend souvent que le tarot viendrait de l’Égypte ancienne, ou que la cartomancie remonterait à la nuit des temps. La réalité historique est différente, et tout aussi passionnante. Voici les grandes étapes de l’histoire de la cartomancie, telles que les historiens les documentent aujourd’hui.

XIVe siècle : l’arrivée des cartes en Europe

Les cartes à jouer apparaissent en Europe dans les années 1370. Les premières mentions se trouvent en Espagne, en Italie, en France et en Suisse. Elles viennent très probablement du monde islamique, notamment du sultanat mamelouk d’Égypte, dont les jeux comportaient déjà quatre séries (coupes, pièces, épées et bâtons de polo).

Ces cartes servent à jouer, et rapidement à parier. Les autorités de plusieurs villes les interdisent d’ailleurs à la fin du XIVe siècle.

XVe siècle : la naissance du tarot en Italie

Vers 1440, dans les cours du nord de l’Italie (Milan, Ferrare, Bologne), apparaît un nouveau jeu : les carte da trionfi, ou « cartes des triomphes ». On ajoute aux quatre séries habituelles une série d’atouts illustrés (le Pape, l’Empereur, la Roue de Fortune, le Soleil…). Les célèbres tarots Visconti-Sforza, peints à la main pour les ducs de Milan, datent de cette période.

Le mot tarocchi apparaît au début du XVIe siècle. Et le tarot est alors… un jeu de cartes, dont on joue encore aujourd’hui, notamment en France.

Les premiers usages divinatoires

Dès la Renaissance, on trouve quelques traces d’usages des cartes pour « tirer le sort ». En 1540, un ouvrage de l’imprimeur vénitien Francesco Marcolini, Le Sorti, propose un système de divination utilisant des cartes à jouer. Mais ces pratiques restent marginales et peu documentées pendant deux siècles.

XVIIIe siècle : la France invente la cartomancie moderne

Tout change en France au XVIIIe siècle.

Antoine Court de Gébelin (1781)

Dans le huitième volume de son ouvrage Le Monde primitif, cet érudit protestant affirme que le tarot contient les secrets de l’Égypte ancienne, dans un « livre de Thot » déguisé en jeu. Cette théorie n’a aucun fondement historique (les hiéroglyphes n’étaient pas encore déchiffrés), mais elle aura une influence immense sur la perception du tarot.

Etteilla, le premier cartomancien professionnel

Jean-Baptiste Alliette (1738-1791), qui signe Etteilla (son nom à l’envers), publie en 1770 une méthode de lecture du jeu de piquet de 32 cartes. Il est considéré comme le premier à avoir fait de la cartomancie un métier et à en avoir publié une méthode systématique. Il crée plus tard son propre tarot divinatoire, publié en 1789.

XIXe siècle : l’âge d’or

Mademoiselle Lenormand

Marie-Anne Lenormand (1772-1843) est la cartomancienne la plus célèbre de son temps. Installée à Paris, elle aurait compté parmi ses clients de nombreuses personnalités de l’époque révolutionnaire et impériale, ce qu’elle a elle-même largement mis en scène dans ses écrits. Après sa mort, un jeu de 36 cartes est commercialisé sous son nom : le Petit Lenormand, en réalité adapté d’un jeu allemand de la fin du XVIIIe siècle. Voir notre article sur le Petit Lenormand.

Les occultistes

Au milieu du XIXe siècle, Éliphas Lévi relie le tarot à la Kabbale et aux 22 lettres de l’alphabet hébreu. À sa suite, Papus et Oswald Wirth développent une lecture ésotérique du tarot. Ces interprétations sont symboliques et relèvent de l’occultisme : elles ne reflètent pas les intentions des créateurs des jeux du XVe siècle.

La cartomancie populaire

Parallèlement, la cartomancie devient un loisir populaire. Des petits manuels bon marché se vendent partout en France et diffusent les significations du jeu de 32 cartes que l’on utilise encore aujourd’hui.

XXe siècle : le tarot de Marseille et le Rider-Waite-Smith

L’expression « tarot de Marseille » désigne un modèle de tarot fabriqué dans plusieurs villes (Marseille, mais aussi Lyon, Paris, Dijon ou la Suisse) aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le tarot de Nicolas Conver (1760) en est l’un des plus célèbres exemples. L’appellation se popularise au XXe siècle, notamment grâce à l’édition de Paul Marteau chez Grimaud en 1930.

En Angleterre, Arthur Edward Waite et l’illustratrice Pamela Colman Smith publient en 1909 un tarot dont tous les arcanes mineurs sont illustrés de scènes. Le tarot Rider-Waite-Smith devient la référence dans le monde anglophone.

À partir des années 1970, en France, des auteurs comme Alejandro Jodorowsky renouvellent l’approche du tarot de Marseille dans une perspective psychologique et de développement personnel.

Et aujourd’hui ?

La cartomancie se pratique aujourd’hui sous de nombreuses formes : jeu de 32 cartes, tarots de toutes sortes, Lenormand, oracles illustrés. Internet a considérablement démocratisé l’accès aux méthodes et aux significations.

Ce qu’il faut retenir

  • Les cartes à jouer apparaissent en Europe vers 1370.
  • Le tarot naît en Italie vers 1440, comme un jeu.
  • La cartomancie moderne est une invention française du XVIIIe siècle, avec Etteilla en figure fondatrice.
  • Le mythe de l’origine égyptienne date de 1781 et n’a aucun fondement historique.
  • Le XIXe siècle voit naître la lecture ésotérique du tarot et le Petit Lenormand.

Prêt à passer à la pratique ? Découvrez notre guide débuter en cartomancie.

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